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Le 12 novembre 2001
Premier Ministre belge Guy Verhofstadt
Président du Conseil des Ministres
Bruxelles, Belgique
Monsieur le Président,
Nous vous écrivons au nom d'un large groupe d'organisations
non-gouvernementales protectrices des libertés civiles aux
Etats-Unis et en Europe pour vous exprimer nos craintes quant à la
demande, formulée par le Président George W. Bush, de modifier la
future Directive européenne sur la protection de la vie privée dans
le secteur des communications électroniques (COM(2000)385) afin de
permettre la conservation des données de communications privées des
Européens; et par conséquent des Américains. Bien que nous soutenions
les efforts du président américain pour prendre les mesures
adéquates visant à réduire les risques du terrorisme et pour
travailler avec les chefs d'état à la protection de la sécurité
publique, nous estimons que cette proposition n'est ni appropriée,
ni nécessaire.
Premièrement, la loi américaine n'oblige pas les opérateurs de
télécommunications de conserver ces données. La loi fédérale
américaines reconnaÓt le besoin de conserver les données dès lors
qu'une enquête particulière est en cours, mais elle ne crée pas
d'obligation générale pour les opérateurs de communication de
conserver les enregistrements des utilisateurs quand ils ne leur
sont plus nécessaires. Le Président Bush demande aux gouvernements
européens d'imposer aux compagnies européennes des obligations que
les compagnies américaines n'ont pas.
Deuxièmement, les Commissaires à la Protection de la Vie Privée et
les membres du Parlement européen se sont opposé aux tentatives de
créer de nouvelles obligations de conservation des données. Dans une
lettre du 7 juin 2001 à Mr Göran Persson, Président du Conseil de
l'Union Européenne, le responsable du Groupe de Travail - Article
29, écrivait que "le stockage systématique et préventif des données
de communications et de traffic des citoyens européens était une
atteinte aux droits fondamentaux à la vie privée, à la protection
des données, à la liberté individuelle et d'expression, et à la
présomption d'innocence."
Dans un rapport du Comité du Parlement Européen sur les Libertés et
les Droits des Citoyens, la Justice et les Affaires Intérieures daté
de juillet 2001, les membres du Comité ont clairement affirmé que
les restrictions visant à sauvegarder la sécurité publique et à
mener des investigations criminelles devaient être appropriées,
proportionnées et pour une durée limitée et que la surveillance
électronique générale ou exploratoire pratiquée à grande échelle ne
pouvait être autorisée. Les membres ont également souligné que "les
Etats membres ne doivent pas non plus avoir le droit de demander des
données de lieu et de trafic sans que les autorités ne fournissent une
raison spécifique quant aux raisons de la demande de ces
informations. Les informations ne doivent pas être stockées plus
longtemps que nécessaire pour la transmission des données et aux
fins de gestion du trafic."
Troisièmement, les données de communication transitant souvent entre
les Etats Unis et l'Europe, les demandes européennes de conservation
de données affecteraient directement et de manière préjudiciable le
droit à la vie privée des Américains. S'il est donné suite à cette
proposition, il y a un risque réel de voir les services de l'ordre
et les agences de renseignements américains venir chercher en Europe
les données qu'ils ne peuvent obtenir chez eux, soit parce que
celles-ci n'ont pas été conservées, soit parce que la loi américaine
ne leur permet pas d'y accéder.
Quatrièmement, la conservation d'informations à caractère personnel
qui seraient normalement détruites une fois que le principal
objectif de leur conservation est atteint, induit de nouvelles
atteintes à la vie privée et à la sécurité des citoyens. Les énormes
bases de données personnelles incluent aujourd'hui aussi bien des
données sensibles médicales, que des opinions politiques,
religieuses ou philosophiques. Ces nouvelles exigences de
conservation des données sont autant de nouvelles menaces pour la
vie privée, la liberté politique et la sécurité publique.
De plus, les commissaires aux données personnelles ont reconnu que
l'une des meilleures protection de la vie privée est de minimiser,
chaque fois que c'est possible, la collecte de ces données. Ils ont
régulièrement affirmé que la confidentialité des communications est
l'un des "moyens essentiels de protection des droits fondamentaux à
la vie privée, à la confidentialité des données personnelles et au
droit au secret des communications", et que "toute restriction de
ces droits devrait être strictement nécessaire dans le cadre d'une
société démocratique et être clairement définie par la loi". La
conservation systématique de toutes les données de traffic pour les
besoins d'hypothétiques investigations criminelles et pour une
longue période ne respecte pas ces conditions de base.
Nous notons également que les gouvernements des deux côtés de
l'Atlantique ont cherché à étouffer l'information publique qui
permet justement au public de comprendre quelles sont les menaces
auxquelles il doit faire face. Nous pensons qu'un juste équilibre
propre à toute société n'est plus maintenu si le gouvernement
dissimule ses activités à l'attention du public alors qu'il exige de
tout savoir des activités privées de ses citoyens.
Enfin, nous croyons que la volonté des gouvernements d'imposer la
conservation des données à caratère personnel à des fins de
surveillance est incompatible avec les textes internationaux
protégeant la confidentialité des communications telles que
l'Article 8 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et
l'Article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
La confidentialité des communications privées est un principe
fondamental des sociétés démocratiques modernes. Proposer de
restreindre le droit à la vie privée des citoyens va mettre en péril
ce qui fait la force d'un état démocratique.
Nous avons contacté le Président Bush pour lui faire part de nos
craintes. Nous vous demandons instamment de ne pas prendre en ce
moment des décisions qui porteraient atteinte à la vie privée des
citoyens.
Bien sincèrement,
American Civil Liberties Union
New York, USA
The Association for the Defense of Human
Rights in Romania - The Helsinki Committee
Bucharest, Romania
Association for Progressive Communications
Johannesburg, South Africa
Bits of Freedom
Amsterdam, Netherlands
Center for Democracy and Technology
Washington, USA
Center for National Security Studies
Washington, USA
Chaos Computer Club
Hamburg / Berlin, Germany
Computer Professionals for Social Responsibility
Palo Alto, USA
Digital Rights
Copenhagen, Denmark
EKPIZO (Consumers Association The Quality of Life)
Athens, Greece
Electronic Frontier Finland
Finland
Electronic Frontier Foundation
San Francisco, USA
Electronic Privacy Information Center
Washington, USA
Essential Information
Washington, USA
Foundation for Information Policy Research
London, UK
Irish Council for Civil Liberties
Dublin, Ireland
The Multiracial Activist and
Abolitionist Examiner
Alexandria, United States
National Consumers League
Washington, USA
NetAction
San Francisco, CA
Privacy International
London, UK
Privacy Rights Clearinghouse
San Diego, USA
Privacy Times
Washington, USA
Privacy Ukraine
Kyiv, Ukraine
quintessenz.org
Vienna, Austria
Sighisoara Durabila
Sighisoara, Romania
Statewatch
London, UK
StrawberryNet Foundation
Bucharest, Romania
Swiss Internet User Group (SIUG)
Z¸rich, Switzerland
VIBE!AT - Association for Internet Users
Austria
XS4ALL Internet
Amsterdam, Netherlands
ZAnet Internet Services
Witkoppen, South Africa
cc: President George W. Bush
REFERENCES
Proposal for a European Parliament and Council directive concerning
the processing of personal data and the protection of privacy in the
electronic communications sector (COM(2000) 385 - C5-0439/2000 -
2000/0189(COD))
http://www3.europarl.eu.int/omk/omnsapir.so/calendar?APP=PV2&PRG=CALEND&LANGUE=EN&TPV=PROV&FILE=010906
http://www3.europarl.eu.int/omk/omnsapir.so/pv2?PRG=CALEND&APP=PV2&LANGUE=EN&TPV=PROV&FILE=010906
Letter from Article 29 Data Protection Working Party to Mr Göran Persson,
Acting President of the Council of the European Union, June 7, 2001
http://www.statewatch.org/news/2001/jun/07Rodota.pdf
EU Data Protection Working Party Article 29, Opinion 7/2000 on the
European Commission Proposal for a Dir. of the Eur. Parl. and of the
Council concerning the processing of personal data and the
protection of privacy in the electronic communications sector of 12
July 2000 COM (2000) 385 (2 Nov. 2000), reprinted in M. Rotenberg,
The Privacy Law Sourcebook, United States Law, International Law,
and Recent Developments 437 (EPIC 2001)
Committee on Citizens' Freedoms and Rights, Justice and Home Affairs,
Report on the proposal for a European Parliament and Council
Directive concerning the processing of personal data and the
protection of privacy in the electronic communications sector, July
13, 2001.
http://www2.europarl.eu.int/omk/OM-Europarl?PROG=REPORT&L=EN&PUBREF=-//EP//TEXT+REPORT+A5-2001-0270+0+NOT+SGML+V0//EN&LEG_ID=5
EU Forum on CyberCrime, Discussion Paper for Expert's Meeting on
Retention of Traffic Data, November 6, 2001
http://europa.eu.int/information_society/topics/telecoms/internet/crime/wpapnov/index_en.htm
EU Forum on CyberCrime, Plenary Session, November 27, 2001
http://europa.eu.int/information_society/topics/telecoms/internet/crime/forum/index_en.htm
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